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| INSPIRATION(S) - MARS 2018

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ÊTRE INSPIRÉ by BLF NEWS | MARS 2018

 


 

 

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2 900 milliards $ pour recomposer le monde ?

 

Avec la réforme Trump de la fiscalité US (article), ce sont 2900 milliards $ qui vont revenir sur le territoire des Etats-Unis, et même après déduction fiscale estimée à 340 milliards sur 10 ans, ce trésor de guerre va servir. En outre, jamais les liquidités disponibles dans le monde ne l’ont été de manière aussi importante. Ainsi, si des rachats d’actions sont prévisibles, c’est le marché des M&A qui devrait en profiter largement. Avec des conséquences (article) : aux Etats-Unis, des concentrations massives sont pressenties (3/4 des entreprises du SP500 devraient avoir disparues d’ici 2027 dixit McKinsey (étude) et des achats massifs d’entreprises (trop) innovantes et concurrentes des GAFA avec un impact (négatif) sur l’innovation ; l’Europe va devenir un terrain de chasse à son corps défendant (article) ; l’Asie et l’Orient vont clairement pouvoir se poser en nouveaux concurrents des entreprises US.

 


 

PHOTO ANTOINE VAUCHEZ

Le droit et les représentants d'intérêts. Discuter ou capturer la décision publique ?
 
D’un côté, et depuis longtemps, on critique le manque de connaissance des réalités de l’entreprise (étude) par les pouvoirs publics. Mais de l’autre on critique le pantouflage et les aller-retour des hauts fonctionnaires dans le privé (article). Par ailleurs, on critique le manque de prise en compte de l’intérêt général par les entreprises (cf. notre sujet suivant) tout en demandant aux administrations de se comporter comme des entreprises. Entre temps, on continue d’en appeler à toujours plus de transparence et à une meilleure consultation lors de la fabrication du droit.  Que faire alors avec les représentants d’intérêts ? Quel dialogue peut-il y avoir entre représentants des pouvoirs publics et  ceux des entreprises (et des ong) tout en évitant la capture des premiers par les seconds (livre) ?

 

C'est ce que nous avons demandé à Antoine Vauchez, directeur de recherche au CNRS / Paris 1 et Paul Lignières, avocat.

 

Selon vous, l’Etat ne se rend pas compte des réseaux qu’il entretient autour de lui et pouvant conduire à une capture des prises de décisions publiques. Sur quels éléments vous appuyez-vous ?

 

Antoine Vauchez : Le premier élément est qu’il n’a pas les instruments de connaissance pour le savoir, alors même qu’il multiplie les organismes (Haute autorité pour la transparence de la vie publique ou Commission de déontologie de la fonction publique par exemple). Aucune agrégation des données n’est faite pour produire une connaissance fine des intérêts, des professions des dirigeants publics,  des liens. Par ailleurs, il y a également un problème de connaissance sur la manière dont l’Etat fait appel au privé. Ce sujet n’a jamais été considéré en France comme un enjeu. Ce n’est qu’en 2015 que la Cour des comptes a réalisé pour la première fois un rapport. Et celle-ci pointait par exemple l’effet d’abonnement dont certains pouvaient bénéficier.

 

Paul Lignières : Les informations publiques sur ces réseaux sont nombreuses. A titre individuel, toutes les personnes concernées sont parfaitement au courant de cette situation. En 2014, Transparency International alertait sur le retard de la France en matière de lobbying ; en 2017,il y eut le livre d’Antoine Vauchez et Pierre France justement. Le député Olivier Marleix interpelle régulièrement le gouvernement à ce sujet et Vincent Jauvert vient de publier Les Intouchables d'État (Laffont, 2018). Tout le monde connait les personnes concernées et une partie – au moins – de leurs activités.

 

Par quoi est freinée selon vous cette volonté de savoir ?

 

A. V. : Il est difficile pour l’Etat d’admettre que les rôles et l’influence se sont inversés. Il s’agit pour la fonction publique de s’assurer du bon fonctionnement des marchés. Le pantouflage n’est plus un outil d’influence de l’Etat sur le secteur économique mais davantage des entreprises sur l’Etat.

 

Discuter avec les entreprises, les ONG est indispensable néanmoins pour l’élaboration des décisions publiques et des textes. Quelles seraient les conditions pour qu’existe un tel dialogue permettant d'éviter la capture des décisions publiques ?

 

P.L. : Appliquer le droit et les recommandations existantes serait déjà un grand progrès. La Loi Sapin 2 relative au Lobbying reste très largement inappliquée par certains. Une recommandation du Collège de déontologie de la juridiction administrative décrit ce que ne devrait pas faire un ancien magistrat administratif lorsqu’il passe dans le secteur privé. Il suffit de surfer sur Internet pour voir que ce n’est pas appliqué. Or, il est fondamental de rendre la décision publique traçable, de lutter contre la concurrence déloyale et de garantir que les décisions publiques ne sont biaisées.

 

A. V. : Plusieurs propositions ont été faites, notamment par Terra Nova.  Il y a d’abord le délai de viduité qu’il faudrait renforcer. En amont, il faudrait aussi se rendre compte que chaque loi qui induit un recours par l’Etat au secteur privé comporte en soi un risque déontologique. Or, chaque fois qu’il y a des rapports public/privé, cela n’est pas sans effet sur le monde du lobbying, des cabinets d’avocats et de conseil. Il ne s’agit pas de l’interdire mais de l’organiser en pleine conscience du risque déontologique afin de réduire celui-ci.

 

 


 

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Des métaux sales et des rivalités dangereuses pour faire un monde plus vert ?
 
La transition écologique que nous sommes en train d’initier au plan mondial repose en partie sur des technologies inconcevables sans l’exploitation de matériaux appelés terres rares. Or, l’exploitation de ces matériaux nous fait basculer dans un cycle pervers (article) où se cumulent problèmes environnementaux, politiques, sociaux, économiques, diplomatiques… Les tensions (et rivalités) (twitt) entre Etats, entre entreprises sont croissantes. Les risques in fine (article) sont majeurs. Une solution fournie par Jeff Bezos (incontournable patron d’Amazon) : aller exploiter les minerais des astéroïdes. Mais même en faisant cela, nous allons avoir un besoin urgent de nouvelles règles et de nouvelles institutions. Par exemple, des biens communs (video) pour préserver les ressources rares ? Ou un nouvel objet ou des missions pour les entreprises, à l'image des pistes du rapport Notat / Sénard (rapport) remis au Premier ministre le 9/03 dernier ?

 


 

ILLUSTRATION VOITURE AUTONOME

 

Sillicon Valley : un voyage au cœur du territoire le plus influent au monde.
 
Le mois dernier vous rêvions la France en tête de peloton de la voiture autonome. Et bien, ce ne sera pas pour cette fois. La Californie a été plus rapide. Alors nous vous invitons à visiter un petit morceau de cet Etat, qui influence le monde et nos vies plus que n’importe quel autre espace dans le monde. Avec l'hebdo Le 1 parcourez la vallée, ses lieux de pouvoir et ceux de contestation. Retracez son développement économique et idéologique, de la ruée vers l’or aux Gafa. De quoi comprendre les motivations et projets qu’elle suscite et les désillusions qu’elle génère. Un voyage dans le plus pur esprit « Le 1 » : récits, interviews, graphiques, points de vue contradictoires, comparaison avec ce qui se passe ailleurs. Voilà de quoi vous occuper si vous ne voulez pas que nous soyons dépassés. A lire ici.

 

 


 

IMAGE HELEN BROWN

La carrière de haut vol d'Helen Brown, avec l'équilibre et l'enthousiasme comme moteurs.

 

De l’Irlande où elle est née à la direction juridique monde d’Axa, voici le parcours d’une femme ayant relevé haut la main le défi d’une carrière de haut vol conciliée avec une vie de famille équilibrée. L’évolution du métier, les envies qui changent et la recherche de l’enthousiasme…

 

Bonjour Helen, d’avocate chez Linklaters vous êtes devenue directrice juridique du groupe Axa. Pourquoi ce changement ?

 

J’ai compris un jour ce que j’aimais vraiment : le droit et les affaires, les entreprises. Effectivement, j’ai d’abord mené une carrière d’avocate. C’était mon envie et ma formation initiale et j’ai adoré cette expérience. Mais si aller d’une IPO à une autre était intellectuellement satisfaisant, c’était aussi très frustrant. Au bout de six mois, je passais à une autre entreprise, dans un autre secteur. Et puis je n’étais pas attirée par l’association dans un cabinet où, à l’époque tout au moins, trouver un équilibre personnel ne me semblait pas évident. J’ai donc quitté le cabinet.

 

Quand un chasseur de tête vous contacte pour un poste chez Axa, êtes-vous immédiatement attirée ?

 

Pour être honnête, je ne connaissais pas le secteur de l’assurance et il ne m’attirait pas spécialement. J’ai été en revanche séduite par Axa qui était déjà un groupe mondial, très dynamique, avec un esprit de start-up pas trop hiérarchique comme d'autres entreprises françaises que j'avais pu fréquenter. On m’a confié la création d’un pôle financier, c’était en 2001. En 2014, j’ai été nommée directrice juridique adjointe du groupe puis directrice juridique monde en 2016. Entre temps, j’ai pu réaliser de nombreuses opérations très innovantes et stimulantes ; mais j’ai aussi eu deux enfants.

 

Selon vous, que devrait avoir à l’esprit une jeune femme désireuse de réaliser un parcours similaire au vôtre ?

 

Dans l’équipe que je dirige, les jeunes femmes sont nombreuses. Je dirais que les femmes ambitieuses veulent souvent faire tout très vite et de manière simultanée : progresser dans leur carrière, avoir des enfants. Je ne peux parler que pour moi. Pendant plusieurs années, je ne travaillais pas le vendredi. J’ai été moins rapide dans ma progression de carrière mais  je n’ai aucun regret. L’essentiel est que j’y sois arrivée, en prenant du plaisir. Ce qui était important, c’était cette conscience de mon équilibre et de faire en sorte de le préserver à chaque étape.  Aujourd’hui, l’organisation souple du travail est acceptée assez largement et c’est un vrai progrès.

 

Quelle est la réalisation professionnelle dont vous êtes la plus fière ?

 

Chaque année apporte des choses gratifiantes. Mais je suis particulièrement fière d’avoir créé une équipe de 18 personnes comprenant six nationalités différentes, où non seulement le niveau de compétence est très élevé mais aussi où il règne un très bon esprit de travail collectif dans la diversité. Et la direction bénéficie d’ailleurs d’une très forte reconnaissance, aussi bien en interne qu’à l'extérieur du groupe.

 

Au sein du groupe, quels sont les principaux motifs de contacts entre juristes et non juristes ?

 

Chez AXA, nous sommes fiers de pouvoir dire que la direction juridique est au courant de tout et associée à toute la vie du groupe : de la stratégie aux fusions-acquisitions, de la communication à la compliance, du lobbying aux ressources humaines, etc.

 

Du coup, sur quel domaine la direction juridique apporte-t-elle le plus de valeur ajoutée selon vous ?

 

Le conseil que l’on donne, le jugement que l’on porte et protéger nos clients internes tout en les aidant à atteindre leurs objectifs

 

Selon vous, quel rapport au risque votre dirigeant attend-il que vous ayez ?

 

Le risque fait partie intégrante de l’assurance. On attend des juristes qu’ils soient capables d'identifier le risque, de le mitiger, de savoir en communiquer et en débattre, et pas uniquement d’un point de vue juridique afin de savoir contribuer à la décision finale. Quand on vient me voir, nécessairement, c’est qu’il y a un risque.

 

Depuis le début de votre carrière, qu’est-ce qui a le plus changé dans la pratique du droit selon vous ?

 

Il s’est produit une inversion : le métier de juriste d’entreprise est devenu, me semble-t-il, plus intéressant  que celui d’avocat. Quand j’étais jeune, les avocats semblaient bénéficier de la position la plus enviable. Désormais, en entreprise, les directions juridiques disposent d'une pratique et de compétences aussi élevées et exigeantes que les conseils externes. Mais en plus, nous sommes intégrés à l’équipe dirigeante et associés à tous les projets stratégiques. Alors que les avocats sont devenus de plus en plus pointus. Nous, juristes d’entreprises, sommes désormais conduits à devoir articuler des questions juridiques très spécialisées dans un contexte plus global et en lien avec des objectifs stratégiques qui ne sont pas juridiques. C’est la source d'une grande richesse.

 

Quels sont vos trois enjeux du moment ?

 

Tout d’abord des choses très concrètes : recruter alors que notre secteur n’est pas celui qui attire le plus ; bien former mes juristes et les aider à développer des carrières attractives. Puis il y a ce qui relève vraiment de la stratégie : savoir comment transformer l’entreprise, y compris la direction juridique, pour faire face aux nouveaux défis.

 

Spécifiquement pour la direction juridique, quels sont les changements en cours les plus importants ?

 

Le besoin de juristes très agiles, capables d'affronter des situations inédites, de se former rapidement, parfois "sur le tas" et d’adopter un mode de travail très collaboratif avec les clients internes.

 

Et dans les rapports avec les avocats ?

 

Ils changent. Des alternatives vont se développer, avec l’outsourcing de juristes pointus mais sur des périodes réduites. Les cabinets anglais commencent à le faire. La facturation aussi qui est trop élevée pour travailler avec des jeunes avocats manquant d’expérience.

 

Justement, sur quoi les cabinets d’avocats devraient-ils investir en R&D ?

 

Sur les plates-formes que l’on pourrait utiliser, donnant accès à des informations, des documents et des banques de données offrant un savoir-faire de très haut niveau. Je crois aussi que les cabinets d'avocats devraient réfléchir à la manière de créer des pools de personnes très expérimentées que nous pourrions intégrer ponctuellement à nos équipes. Enfin, il y a tout ce qui relève de l’intelligence artificielle et de la blockchain.

 

Si l’on vous donnait une baguette magique afin de réaliser un vœu pour votre direction, quel serait-il (sauf une augmentation de budget) ?

 

Ce serait de continuer à avoir pour la direction un flux de travail toujours aussi important et stimulant et, surtout, de préserver l'enthousiasme des membres de l’équipe afin qu'ils restent heureux de venir travailler. A cet effet, il faut que chacun soit au bon endroit. C’est aussi important pour l’entreprise que pour chacun de nous.

 

Conseilleriez-vous à une jeune de devenir juriste ? Quel conseil lui donneriez-vous ?

 

Clairement. Je pense que c’est l’avenir car le droit est partout et offre de ce fait une diversité que peu d'autres disciplines peuvent présenter. En outre, en tant que juristes, nous pouvons faire évoluer nos perspectives en fonction de notre personnalité. C’est une chance inouïe. Le plus important est de trouver ce qui intéresse vraiment les jeunes et de leur permettre de bien travailler. Quand on devient expert, on est plus respecté et c’est après plus facile de faire autre chose (comme mon parcours l'a démontré).

 

Quelles sont les personnes qui vous ont marquée ?

 

J’ai été très marquée par Henri de Castries et Denis Duverne. Ils sont la quintessence de l’esprit français : capables de tout comprendre, de tout analyser, de prendre des décisions stratégiques importantes tout en restant accessibles à chacun. Mais je l’ai été aussi par George Stansfield qui incarne une très grande stabilité et une capacité à prendre du recul. Et puis j’ai été aussi marquée par tous ceux à qui je ne voulais pas ressembler, ceux dont je ne voulais pas avoir la vie !

 

 

 


 

AGENDA

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Le 6 avril 2018 à ParisLegal EDHEC s'intéressera à la transformation du métier de juriste par le digital. Et une approche très concrète : quels profils ? quels compétences ? quel recrutement ? On leur propose même une question bonus : quelles formations ? En savoir +


Le 10 avril 2018 à Paris, 7ème édition des Débats du Cercle Montesquieu : après une matinée pour les membres (RGPD, leadership et management des DJ, legaltechs, affaires publiques), deux tables rondes ouvertes : l'une sur le Brexit et l'autre sur l'innovation. Allez découvrir les invités... En savoir +

 

 

 
Dernière modification : 29/06/2018