FUTUR : LES JURISTES, DES ACTEURS RENFORCES DE L’ENTREPRISE.

GRAND ANGLE 2018

étude Business & Legal Forum - EDHEC

Le droit et les juristes vus par les dirigeants

Volet 2018 - Les grands entretiens

 

 

Doit-on continuer à s’interroger sur la place qu’occupent les juristes au sein de l’entreprise et le pouvoir qu’ils y exercent ?

 

 

Pour quasiment tous les dirigeants interrogés, le rôle du juriste au sein de l’entreprise est aussi clair que celui des autres directions. Toutefois, l’analyse de nos échanges avec les dirigeants tend à montrer qu’il peut exister des paradoxes dans ce qui est attendu de la part des juristes d’entreprise. Certes reconnus à l’unanimité comme étant des interlocuteurs de confiance, ils doivent être des business partners  (mais pas trop) et des experts du droit (mais pas que). « Ils doivent faire l’effort de se faire comprendre, pour contribuer à la valeur ajoutée créée par l’entreprise, et doivent être capables de contribuer à cette valeur. Ils doivent enfin aider les entreprises à apporter la preuve qu’elles servent les intérêts de la plupart de leurs parties prenantes », détaille Antoine Frérot.

 

Nous sommes intimement convaincus que les directions juridiques doivent faire valider par leurs directions générales (ou tout organe compétent) les missions qui sont les leurs, afin d’éviter toute ambiguïté. Dès lors, elles seront des acteurs de l’entreprise comme les autres, si tant est que ceux-ci aient des missions clairement définies. Les objectifs attachés à ces missions pourront alors être mesurés, assurant un fondement à la question de la performance de la direction juridique.

 

Les juristes s’interrogent aussi sur leur place au sein de l’entreprise quand ils observent la présence ou non au Comité Exécutif de leur directeur, alors même que ce n’est plus une question pour d’autres fonctions de l’entreprise. Les réponses données par les dirigeants que nous avons interrogés sont plutôt représentatives de la diversité des situations existantes, telles qu’elles ressortent d’enquêtes menées par des associations professionnelles comme l’AFJE ou le Cercle Montesquieu.

 

Pour certains, c’est un faux débat dans la mesure où cette appartenance au Comité Exécutif (ou équivalent) n’est pas un enjeu ; ce qui compte, ce serait l’échange quotidien avec le dirigeant. Pour d’autres, ce n’est pas encore le cas car le droit ne serait pas encore perçu comme un élément stratégique du rapport de force, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis. Il s’agirait donc à la fois d’une question de culture et de maturité. Pour d’autres encore, il n’est pas concevable que le directeur juridique ne soit pas membre du Comité Exécutif.

 

Enfin, certains dirigeants livrent des explications quant à l’absence du  directeur juridique au Comité Exécutif : là où il existe une forte culture d’ingénieurs, les juristes seraient encore perçus comme des empêcheurs de tourner en rond ; d’autre part, quand on compare la place respective des directeurs financiers et des directeurs juridiques dans le Comité Exécutif, il en ressort que c’est la prééminence de la finance dans la vie de l’entreprise qui constitue une explication plus que plausible.

 

Fait culturel, maturité des dirigeants, poids de la finance… Sans doute faut-il l’admettre, en dépit des sentiments que cela provoque légitimement chez les juristes, et aller au-delà car, en fait, c’est ce qui est attendu.

 

Néanmoins, les juristes ont de nombreuses raisons d’espérer de ne plus avoir à se poser cette question récurrente - et peut-être injustifiée – de leur place et leur influence au sein de l’entreprise.

 

Le nombre de  directeurs juridiques membres du Comité Exécutif ou tout organe équivalent ne cesse d’augmenter, de même que les Secrétaires Généraux juristes (Accor, Orange, Legrand, Air France, Vivendi, Danone).

 

Qu’on le regrette ou non, le contexte international (circulation moins aisée des biens et des personnes, régulations et réglementations en développement…) est également favorable aux juristes pour permettre à l’entreprise d’agir et d’avancer quand cela ne semble pas - ou plus -  possible, de même que la judiciarisation de notre société.

 

Egalement, si les dirigeants souhaitent que les juristes s’impliquent plus dans les stratégies d’influence et de lobbying, leur rayonnement en sera renforcé. Grâce aux nouvelles applications offertes par le développement du digital, les juristes vont pouvoir se détacher plus facilement des tâches répétitives et à faible valeur ajoutée et s’investir plus fortement et de manière plus efficiente dans la relation-client. Des juristes « augmentés », en quelque sorte.

 

Cette conquête de nouveaux territoires n’est pas redoutée par les dirigeants : elle semble même finalement souhaitée (même si cela apparaît en creux dans nos entretiens) puisqu’il est attendu que les juristes sortent, aillent au-devant des non-juristes, conquièrent leur place, soient acteurs de leur légitimité. Certains des dirigeants interrogés nous le disent, avec des mots différents mais qui conduisent à la même conclusion : juriste est un métier d’avenir car les dirigeants ont besoin de sparring-partners, ainsi que de personnes maitrisant un domaine – le Droit – qui permet d’exercer une souveraineté (J.-P. Clamadieu).

 

Photo Jean-Pierre CLAMADIEU SOLVAY 2018

 

... juriste est un métier d’avenir car les dirigeants ont besoin de sparring-partners, ainsi que de personnes maîtrisant un domaine – le droit – qui permet d’exercer une souveraineté

Jean-Pierre Clamadieu, président, SOLVAY

 

 

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Dernière modification : 31/10/2018